La nuit d'Osiris

Issue de nouveaux cauchemars qu'il avait faits, Cian me confia l'impression qu'il en avait. Il me dit que certaines de ses amies avaient, sans le savoir, autant de pouvoir que la déesse Isis et cela lui avait inspiré le poème étrange que voici et dans lequel il est Osiris :



La nuit d'Osiris


Comme un dernier effort,
jamais je ne m'endors
sans penser à toi,
ni invoquer ta voix.
Pour que tu me veilles
je t'invite à mon sommeil.

Mais tu n'es pas où je vais.
Des rêves trop mauvais
me séparent de toi
et me livrent à l'effroi
de la nuit traversée
de songes insensés :

Je suis cet homme servile,
souriant mais inutile,
dégoûté de lui-même,
et que personne n'aime.
Je salue mon bourreau
remercie ce salaud.

Je suis ce cheval effaré,
qui fuit dans la forêt.
Quelque chose me poursuit
aux tréfonds de la nuit.
J'ai peur de mon propre galop
L'angoisse fige mes sabots.

Dans la foule sans visage,
une mère enrage
contre son jeune enfant,
trop désobéissant.
Mais son petit est mort,
je le sais, elle l'ignore.

Je me réveille dispersé,
l'âme éparpillée, cassée,
le corps endolori,
le creux du ventre meurtri,
vide des liens sacrés
que la nuit a arrachés.

Rien ne me retient
dans ce petit matin,
ni l'envie de l'éveil,
ni celle du sommeil.
Les deux me ramènent
à ma lourde peine.

Alors dans ce désarroi,
enfin je te revois,
mon amie, ma sœur,
mon Isis au grand cœur,
tu viens me consoler
et me dire d'exister.

Tu vas partout doucement
et en gestes patients
tu effaces ma nuit,
rassembles et reconstruis
mon courage de hurler
ma force de pleurer.

Christian Dehais - Tous droits réservés










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